Accueil / Les vraies pauses
10 heures · les pauses
Le dix-heures et les vraies pauses, ce petit rituel qui tient la journée debout
À 10 heures, la machine à café du 3e se remet à ronronner, et une partie de l'étage disparaît dix minutes. Ce rituel romand a plus de bon sens qu'il n'en a l'air. Voici ce qu'est une pause qui repose vraiment, ce que la loi prévoit, et comment ne pas se la faire voler.
9 h 58, la machine à café du 3e
Il est 9 h 58. Au troisième étage, quelqu'un a lancé la machine, et l'odeur remonte le couloir. Deux collègues de la comptabilité arrivent avec leur tasse. Un troisième reste rivé à son écran : « J'arrive, je finis juste ce mail. » Vous connaissez la suite. Le mail en appelle un autre, et à 10 h 25 la machine est éteinte.
Le dix-heures n'est écrit dans aucune loi. C'est une tradition, comme les quatre-heures, et elle tient bon parce qu'elle répond à un besoin simple : après deux heures de concentration, la tête réclame un changement. Pas forcément un long arrêt. Un changement.
Une pause courte, mais une vraie
Une vraie pause, c'est d'abord quitter l'écran. Lire ses messages personnels sur le téléphone à la place des messages professionnels sur l'ordinateur, ce n'est pas une pause, c'est un changement de fenêtre. Les yeux fixent toujours la même distance, la nuque reste penchée, l'esprit continue de trier.
La pause qui repose ressemble plutôt à ceci : se lever, marcher jusqu'à la cuisine d'étage, regarder loin par la fenêtre, boire un verre d'eau. Et surtout parler d'autre chose. Du match de samedi, de la bise qui s'est levée sur le Léman, du chantier qui bloque la route depuis trois semaines. Tout, sauf le dossier en cours.
Courte et régulière vaut souvent mieux que longue et rare. Dix minutes vers 10 heures, quelques instants debout entre deux tâches, un vrai repas à midi : c'est cette répétition qui évite d'arriver à 15 heures complètement vidé. Si le creux de l'après-midi vous rattrape malgré tout, la page sur le coup de barre de l'après-midi propose d'autres pistes.

Ce coin café a d'ailleurs une utilité qu'on mesure mal : c'est là qu'on apprend que le collègue du service d'à côté a déjà résolu le problème sur lequel vous butez depuis lundi. Une pause n'est pas du temps perdu pour tout le monde.
Ce que prévoit la loi suisse
Au-delà de la tradition, la loi fédérale sur le travail (LTr) fixe un minimum. Son article 15 prévoit des pauses qui dépendent de la durée de la journée de travail.
| Durée de la journée | Pause minimale | Remarque |
|---|---|---|
| Plus de 5 h 30 | Un quart d'heure | À prendre vers le milieu de la journée |
| Plus de 7 heures | Une demi-heure | Souvent la pause de midi |
| Plus de 9 heures | Une heure | Peut être fractionnée |
| Entre deux journées | 11 heures de repos | Consécutives, selon l'art. 15a |
L'ordonnance 1 relative à la loi sur le travail précise que les pauses se placent vers le milieu du temps de travail, et qu'une pause de plus d'une demi-heure peut être fractionnée. Pas question, donc, de garder toutes ses pauses pour partir plus tôt. Quant aux onze heures de repos consécutives, elles signifient concrètement ceci : si vous quittez le bureau à 21 heures après une soirée de bouclage, la reprise ne devrait pas avoir lieu avant 8 heures.
Le SECO rappelle le sens de ces règles : des durées de travail et de repos adaptées protègent la santé, en évitant le surmenage et les accidents liés à la fatigue. Ce sont des minimums. Une convention collective ou un règlement d'entreprise peut prévoir davantage, et c'est souvent là que se cachent les dix-heures « officiels » de certaines maisons.
Les pauses qui comptent comme du travail
Un point méconnu : selon la LTr, les pauses comptent comme temps de travail quand vous n'avez pas le droit de quitter votre place de travail. La réceptionniste qui mange derrière son guichet parce qu'elle doit répondre au téléphone, le technicien qui doit rester près de sa machine pendant un cycle, la vendeuse seule en boutique un mardi matin : ces minutes-là ne ressemblent pas à une pause au sens de la loi.
Les situations varient beaucoup selon les métiers et les contrats, et ce texte ne remplace pas un avis juridique. En cas de doute, commencez par les RH ou la convention collective, puis, si besoin, l'inspection cantonale du travail, qui répond à ce genre de question.
Et de l'autre côté de la frontière
Les frontaliers qui passent la douane chaque matin connaissent parfois les deux systèmes. En France, le Code du travail prévoit 20 minutes de pause dès 6 heures de travail quotidien. La logique diffère : un seuil unique d'un côté, des paliers selon la durée de la journée de l'autre. Dans les deux pays, il s'agit d'un plancher, pas d'un idéal.
Protéger ses pauses quand l'agenda déborde
Savoir que la pause existe ne suffit pas. Encore faut-il la prendre quand les séances s'enchaînent. Quelques habitudes qui marchent :
- bloquer dix minutes dans l'agenda partagé, comme un rendez-vous ;
- terminer les séances cinq minutes avant l'heure ronde ;
- laisser le téléphone professionnel sur le bureau en allant au café ;
- profiter de la pause pour marcher un peu, ce qui rejoint les idées pour ne pas rester assis du matin au soir.
Et quand on vous attrape dans le couloir avec un « Tu as deux minutes ? », il est permis de répondre : « Oui, à 10 h 20. »
Quand on encadre une équipe
Si vous dirigez une petite équipe, votre comportement en dit plus long que n'importe quelle note de service. La cheffe qui ne quitte jamais son poste et répond aux messages à 10 h 05 envoie surtout un signal : ici, la pause est mal vue.

Prendre vous-même votre dix-heures, devant tout le monde, change beaucoup de choses. Organiser les remplacements pour que la personne seule au guichet puisse vraiment s'absenter un quart d'heure aussi. Le SECO souligne que la prévention porte d'abord sur l'organisation du travail, pas seulement sur la bonne volonté de chacun. Et si une collaboratrice saute toutes ses pauses depuis des semaines, les repères face au stress peuvent aider à ouvrir la discussion.
La pause n'est pas du temps volé à l'entreprise. C'est ce qui permet que la fin de la matinée ressemble encore à son début.
Ces repères sont pratiques et généraux, à adapter à votre situation. Un souci de santé sérieux, ou qui s'installe, se discute avec un médecin.