Accueil / Télétravail sans déborder
18 heures · télétravail
Télétravail sans déborder, ou comment rentrer chez soi quand on y est déjà
Le télétravail a supprimé le trajet, pas les heures. Sans porte à franchir le soir, le bureau s'étale sur la table du salon et grignote la soirée. Voici une journée type à la maison, heure par heure, avec ce qui aide à garder une frontière.
7 h 45 : la table du salon n'est pas un bureau
Le café fume, l'ordinateur est déjà ouvert entre la corbeille de fruits et le courrier de la veille. Pratique, la table du salon. Jusqu'au soir où l'on soupe à côté du chargeur et où le tableur reste allumé pendant le dessert.
Si vous le pouvez, donnez au travail un coin à lui, même modeste : un bout de chambre d'amis, une petite table près d'une fenêtre. Ce qui compte, c'est de pouvoir le quitter. Une étude du SECO publiée en 2025 indique que deux tiers des répondants disposaient d'une pièce dédiée. Précision utile : il s'agit d'un échantillon non représentatif de 2855 réponses, à lire comme une photographie parmi d'autres et non comme le portrait de toute la Suisse. Dans ce même groupe, 90 % se disaient satisfaits de leur poste à domicile.
Quand la pièce dédiée n'existe pas, le rangement fait office de porte. Le soir, l'ordinateur retourne dans un tiroir ou dans son sac. La table redevient une table.
9 h 30 : la lumière qui arrive du mauvais côté
Le soleil d'octobre entre bas par la fenêtre et vient se coller sur l'écran. Vous plissez les yeux, vous inclinez la tête, et à midi la nuque proteste. Dans l'étude du SECO, l'emplacement du poste, et en particulier l'éblouissement, figure parmi les points faibles du travail à domicile.
La règle simple : placer l'écran de côté par rapport à la fenêtre, plutôt que dos ou face à elle. Un store, un rideau léger, et l'affaire est souvent réglée. Profiter de la lumière du jour reste une excellente idée, à condition qu'elle éclaire la pièce et non votre reflet.

11 heures : la chaise et la hauteur
Deux tiers des personnes interrogées avaient un siège de bureau à la maison. Les autres travaillent sur une chaise de cuisine, un tabouret haut, parfois le canapé. Autre constat : deux tiers n'avaient pas de table réglable en hauteur, et le mobilier n'était pas toujours adapté à la taille des gens.
Sans tout racheter, on peut bricoler : un coussin ferme pour monter l'assise, une pile de livres sous les pieds ou sous l'écran, un clavier séparé si vous travaillez sur portable. La page sur le réglage du poste pour ménager le dos détaille les bonnes hauteurs. Votre employeur propose peut-être aussi des conseils ou des formations : seuls 21 % des répondants connaissaient celles qui existaient. Demander ne coûte rien.
14 heures : la pastille verte
Le statut « disponible » doit rester vert, sinon on craint de passer pour absent. On répond en trente secondes à chaque message, on n'ose plus aller étendre une lessive. Le SECO relève que le sentiment d'être surveillé est associé à du stress.
Si c'est votre cas, une discussion avec votre responsable s'impose : quels délais de réponse sont attendus, quel canal pour l'urgent, quelles plages sans réunion. Un cadre clair rassure les deux côtés. Et rappelez-vous que les pauses existent aussi à domicile. Celles prévues par la loi sur le travail ne s'arrêtent pas au seuil de l'appartement, comme le rappelle la page sur les pauses courtes et les dix-heures.
15 h 30 : le nez qui coule
Au bureau, vous seriez resté au lit. À la maison, vous y êtes déjà, alors pourquoi ne pas répondre à deux ou trois mails ? Dans l'étude du SECO, 80 % des personnes rapportent du présentéisme, c'est-à-dire le fait de travailler malade.
Le télétravail rend la chose presque invisible. Pourtant, un jour de maladie reste un jour de maladie, sur le canapé comme à l'open space. Se reposer franchement, plutôt que travailler à moitié pendant une semaine entière, aide souvent à retrouver ses forces plus vite.
Le bon réflexe. Malade, annoncez-vous malade, même en télétravail. Fermez l'ordinateur, pas seulement la caméra.
16 h 30 : garder le lien
Le télétravail a ses charmes : pas de bouchon à la jonction de Crissier, des chaussons aux pieds, le ronron du lave-vaisselle à la place des conversations de couloir. Mais la machine à café manque. C'est là qu'on apprend qu'un collègue est débordé, qu'un projet change de cap, qu'on rit un peu de la dernière note de service.
Quelques habitudes aident : un appel court sans ordre du jour une fois par semaine, la caméra allumée de temps en temps, un repas en commun les jours où l'équipe se retrouve sur place. Le lien ne se décrète pas, il s'entretient.

18 heures : fermer pour de bon
C'est l'heure la plus délicate. Pas de train à attraper, pas de collègues qui enfilent leur veste : rien ne signale que la journée est finie. Il faut donc se fabriquer un signal.
Fixez une heure de fin et tenez-la la plupart des jours. Puis offrez-vous un rituel de fermeture : noter les trois tâches de demain, éteindre l'ordinateur, le ranger, faire le tour du pâté de maisons. Certains changent même de pull. Ça paraît idiot, et pourtant ça marche.
Ce petit tour dehors remplace le trajet qui vous manque peut-être sans que vous le sachiez. Il joue pour l'esprit le même rôle que le trajet du matin et du soir vu comme un sas : un entre-deux qui permet d'arriver vraiment à la maison.
Ces repères sont pratiques et généraux, à adapter à votre situation. Un souci de santé sérieux, ou qui s'installe, se discute avec un médecin.